Un homme libre
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Intrigue n°2

A new beginning

Un brouillard sombre. Épais. Nul n’avait jamais vu cela à Pandore. Il entourait toute la ville, si profond que n’importe qui aurait pu s’en saisir à mains nues. Les questions se multipliaient, les habitants étaient inquiets, et certains commençaient même à se demander s’il ne s’agissait pas là d’une malédiction venue s’abattre sur la ville. Un jeune homme, particulièrement intrigué par ce mystère, prit alors les choses en main et monta une expédition dans le but de résoudre cette énigme. Il prit quelques hommes avec lui, monta dans une barque et partit en direction de l’origine du brouillard. Plus ils avançaient, plus le nuage devenait lourd et humide.
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Ce mois-ci, on fait des gros bisous à Snow qui est notre membre du mois ! Merci pour ton activité et ton implication pour le forum, ça fait toujours chaud au coeur d'être soutenu ♥

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 Un homme libre

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Rebellious Prince
Origines : Corse de nation et de caractère
Profession : Archiviste
MessageSujet: Un homme libre   Jeu 17 Nov - 22:40


storybooks
and
fairytails


* * *

Voyons, pas de formalités entre nous : je suis prêt à me mettre à nu pour vous. Mon nom de baptême est Luciano di Buonaparte, mais je suis passé à la postérité sous le nom de Lucien Bonaparte, parfois agrémenté du titre de Prince de Canino et de Musignano, dont je fais fort peu de cas ; je suis mort dans les bras de ma chère Alexandrine le 30 juin 1840, à 65 ans. On a tellement écrit sur moi que j’en suis presque devenu un personnage, mais si surprenant que cela puisse paraître, je suis avant tout un auteur ; et si je ne m’abuse je vis à Pandore depuis six mois. Toujours amateur de vieux papiers, j’exerce le métier d’archiviste. Mes revenus ne sauraient être comparés à ma fortune princière de jadis, mais mon existence modeste me convient, et ce d’autant plus que je n’ai plus personne à ma charge.
avatar ; Lindow Amamiya (from God Eater)

we're all mad here

* * *

Appelez-moi donc Daphnis. J'ai 22 ans et je rp depuis huit bonnes années (quoique de façon irrégulière). J'ai trouvé le forum sur un partenaire... et je trouve que c’est un super concept (quoi, on était censés être critiques ?). J'aimerais rajouter que l’absence d’Alexandre Dumas dans la liste des prédéfinis m’a choquée, mais finalement j’y remédierai un autre jour. Et puis j’espère que vous me pardonnerez d’avoir pris un auteur qui n’est pas exactement connu en tant que tel... oui de me ramener sans fiche prête à l’avance (j’en avais bien une, mais les changements d’idée à la dernière minute, vous savez ce que c’est...)

© Y A M ▬

chabadam bamdam
Lucien a toujours été l’intrus de la fratrie Bonaparte. Ce fut le seul dont l’ambition et l’intelligence politique lui permettaient de rivaliser avec son célèbre frère aîné ; le seul idéaliste dans une famille de cyniques ; le seul à n’avoir jamais accepté de couronne ; le seul à n’avoir jamais fait la guerre ; le seul à n’avoir jamais courbé l’échine devant ce même aîné ; bref, le seul à avoir vécu libre sous la tyrannie napoléonienne. On peut d’ailleurs noter qu’il ne se démarque pas seulement par ses principes, mais également sur le plan physique : alors que les Bonaparte sont célèbres pour leurs charpentes solides et leurs courtes pattes, Lucien a un corps élancé, qui peut parfois paraître grêle, avec notamment des membres très longs et fins, « comme les jambes d’un faucheux », dirait une mauvaise langue ; et du haut de son mètre soixante-dix-sept, il est de loin le plus grand de la famille. Il n’y a cependant pas à douter de son ascendance : son visage est plus fin que celui de ses frères, certes, mais construit sur le même modèle. Autre particularité, il est extrêmement myope, ce qui l’oblige à porter des lunettes pour voir clair ; autrement, le regard perçant de ses yeux bruns se perd rapidement dans le vague. Amateur de luxe – après une jeunesse passée sinon dans le dénuement, du moins dans la précarité –, mais amateur sans complexes, il s’habille toujours élégamment, dans un style plutôt décontracté, que vient accentuer le désordre de sa chevelure noire, généralement nouée en une vague queue de cheval. De ce point de vue-là, Lucien n’a guère changé depuis le jour où il faisait son entrée à la cour d’Espagne en bottes de cavalier : il allie grandeur et simplicité avec une maestria qui n’appartient qu’à lui.

Pandore n’offre guère de débouchés pour une carrière politique ; ce qui est fort dommage, car Lucien, si charmant en privé, devient à la tribune un orateur redoutable, dont la passion sincère offrirait un spectacle tout à fait divertissant, voire impressionnant. Mieux encore, depuis ses premiers pas en politique, Lucien a appris à canaliser cette énergie et quelque graves que soient les circonstances, il sait conserver tout son sang-froid. En outre, il met cette ardeur au service d’idéaux qui en valent la peine : la liberté politique, la souveraineté populaire, le bonheur des nations... idées neuves à son époque, et qui auraient bien eu besoin d’un défenseur après que Napoléon prit le pouvoir. Cependant, Lucien a choisi l’exil pendant toutes ces années. Pas seulement à cause d’une incompatibilité de vues, non, ce retrait volontaire de la vie politique avait des causes plus profondes... une passion si profonde qu’il se demande bien s’il en éprouvera jamais une semblable ici.

La nature enflammée de Lucien se traduit aussi dans son œuvre littéraire. Romans sentimentaux, poèmes épiques, pamphlets historiques... il a finalement peu écrit, mais il n’a jamais rien entrepris de petit ; et à défaut d’originalité, il fait preuve une fois de plus d’une sensibilité émouvante. D’autres ont été admis à l’Académie pour moins que cela ! Et c’est sans compter, bien sûr, l’intérêt que Lucien a toujours porté aux œuvres des autres, quel qu’en soit le support : peinture, sculpture, musique, opéra, théâtre... il n’est pas de domaine qui n’ait suscité son intérêt. Autant dire qu’à Pandore, il est comme un poisson dans l’eau !

Au reste, il fait tout pour se rendre agréable à la société dans laquelle il évolue. Animal sociable autant que politique, il apprécie certes la contemplation solitaire de la nature, en bon précurseur du romantisme, mais c’est dans le monde qu’il s’épanouit. Loin de la puissance magnétique qui caractérisait l’empereur, son charme est tout de naturel et de vérité, et si son caractère entier lui vaut naturellement des ennemis, la plupart des gens sont prompts à le considérer comme un ami. Certes, le monde sans ses fleurs – les femmes, bien sûr – n’a pas tout à fait le même charme aux yeux de l’admirateur de Juliette Récamier et de l’amant éphémère de Teresia Tallien, mais que diable ! à défaut de faire l’amour à ses égaux, on peut toujours rivaliser d’esprit et avoir des discussions éclairées avec eux, et notamment sur la politique, domaine auquel les femmes n’entendent rien...

A noter d’ailleurs, pour tous ceux qui espéreraient que le vin, cette source intemporelle de vérité, saurait le faire changer d’avis : contrairement à tous ses frères qui ont chacun leur poison de choix, Lucien ne boit jamais une goutte d’alcool. Il n’en divulgue jamais la raison, mais qu’on se rassure, ce n’est pas pour entretenir une réputation de vertu, passablement hypocrite au vu de tout ce qui précède (et si c’était le cas, il s’abstiendrait sans doute aussi de fumer) ; c’est tout simplement le résultat d’un « accident » d’enfance, datant du jour où son oncle Fesch eut la brillante idée de soigner le mal de mer de son jeune neveu à coup de vin de Bordeaux. Comme quoi, certains souvenirs ont la vie dure !
Août 1789. La Révolution commençait à prendre pied en France, et la Corse n’était pas épargnée par le vent de liberté qui s’était levé un mois plus tôt. Déjà des factions se créaient, entre les partisans des idées nouvelles, leurs adversaires et les indécis pris entre deux feux. Afin de convaincre un maximum de ces derniers, les clubs étaient ouverts à tous ; c’est ainsi qu’un tout jeune fonctionnaire de vingt-et-un ans, Giuseppe di Buonaparte, eut l’idée d’y amener son jeune frère Luciano, qui malgré son jeune âge s’intéressait déjà beaucoup à la politique.

Après avoir écouté les discours de quelques orateurs amateurs, Luciano, guère impressionné par leurs performances, décida qu’il était temps pour lui de leur donner l’exemple. Un silence total se fit autour du garçon de quatorze ans qui montait sur l’estrade et se lançait dans une tirade enflammée qui vira très vite à l’éloge de Paoli, le héros de la Corse, alors réfugié en Angleterre. Car Luciano avait beau avoir été éduqué en France, il avait beau puiser ses références dans la culture classique, son cœur appartenait encore à l’île qui l’avait vu naître au printemps de l’an de grâce 1775, et qu’il lui tardait de voir délivrée de la présence française. Tous applaudirent son apologie de l’indépendance, et l’auditoire galvanisé le ramena en triomphe chez lui, où sa mère, surprise et quelque peu inquiète, l’accueillit à bras ouverts. Letizia di Buonaparte savait déjà qu’elle avait donné le jour à une forte tête ; elle se rendait à présent compte que Napoleone n’était pas le seul lion de la famille.


Les temps agités de la révolution furent pour Lucien la source de bien des épreuves et de bien des désillusions ; Paoli avait perdu sa fougue et voulait vendre la Corse à l’Angleterre ; les Jacobins laissèrent escalader le désordre intérieur au point de n’avoir d’autre choix que la Terreur ; les différentes factions semblaient ne plus connaître d’autre langage que celui de la guillotine... mais il n’y avait pas de quoi tout à fait désespérer de la vie, puisqu’en ces temps difficiles, Lucien trouva aussi son premier amour. Sa famille n’avait guère apprécié qu’à dix-neuf ans il épousât Christine Boyer, fille d’un simple aubergiste, mais qu’importe cela ?

De tempête en tempête, entrecoupées par de trop brefs instants de bonheur, le jeune homme mûrit rapidement, et tandis que Napoléon enchaînait les victoires en Italie puis en Égypte, lui-même développait son influence politique par tous les moyens possibles. Élu député au Conseil des Cinq-Cents en 1798, il se rapprocha petit à petit des partisans d’une réforme constitutionnelle, encore une, cette fois-ci destinée à rétablir l’équilibre entre les pouvoirs et à corriger les excès législatifs de la Convention. Afin de donner plus de poids à leurs arguments, il leur fallait le soutien de l’armée, et ils se mirent en quête d’un sabre. Siéyès proposa tout d’abord Joubert, un jeune général qui faisait ses preuves en Italie ; mais à Novi, celui-ci fut tué par la faute d’un chef d’état-major un peu trop zélé. Lucien émit alors une autre suggestion : Bernadotte, qui, ayant épousé Désirée Clary, la sœur de Julie – épouse de Joseph – et l’ancienne fiancée de Napoléon, faisait déjà un peu partie du clan Bonaparte ; mais le Béarnais n’eut de cesse de se dérober, tout comme Moreau, un autre grand républicain que les conjurés approchèrent en vain. L’embarras grandissait chez les réformateurs, lorsque le 10 octobre, une nouvelle renversante leur parvint de Fréjus : ayant échappé à la flotte anglaise, Napoléon venait de revenir d’Egypte.


19 brumaire an VIII. La tension était à son comble à l’Orangerie du château de Saint-Cloud. Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents, avait tout prévu, tout calculé, tout combiné avec son frère Napoléon, et avec l’inévitable Siéyès, pour achever l’existence du Directoire, ce régime bancal, corrompu et inefficace. La veille, il avait obtenu le transfert du corps législatif à Saint-Cloud, sous prétexte de danger imminent. Pendant ce temps, les conjurés s’employaient à faire pression sur les Directeurs pour obtenir leur démission. L’exécutif n’allait donc pas tarder à se trouver sans têtes, tandis que le législatif était sous contrôle, loin des pressions populaires : tout était prêt pour obtenir un changement de régime.

Aussitôt que s’ouvrit la séance, Lucien comprit que sa tâche ne serait pas si simple. Quelques Jacobins avaient eu vent du projet de révision constitutionnelle, et savaient que tout changement en faveur d’un exécutif plus fort leur ôterait leurs pouvoirs exorbitants ; des débats houleux s’engagèrent, entre partisans et adversaires de la révision. Malgré les exhortations du président, ces derniers gagnaient du terrain. Sitôt qu’il en reçut la confirmation, Lucien décida de jouer sa carte maîtresse, en annonçant la démission des Directeurs ; mais la vacance du pouvoir exécutif ne parut pas suffisante aux yeux des partisans de la Constitution de l’an III, et loin de se calmer, le tumulte s’accrut alors qu’on se demandait comment désigner de nouveaux Directeurs.

Pendant ce temps, Napoléon faisait les cent pas devant la porte de l’Orangerie, fulminant contre ces députés qu’il entendait pousser des cris et des huées, sans comprendre ce qui pouvait bien leur prendre si longtemps. Estimant qu’ils n’avaient perdu que trop de temps, il fit irruption dans l’Orangerie, encadré de quatre grenadiers ; on hurla au coup d’Etat, et le général ne put même se frayer un chemin pour essayer de haranguer les députés. Lucien crut voir briller des poignards ; il n’y en eut point, mais le général n’en menait pas large. Il venait de comprendre ce que son frère n’avait cessé de lui répéter, à savoir : que les représentants de la nation étaient loin d’être aussi dociles que leurs défenseurs !

Après cette intervention maladroite, les députés se mirent à réclamer la mise hors-la-loi du trouble-fête, ce qui, en langage révolutionnaire, équivalait à peu près à un arrêt de mort. Ne parvenant pas à les contenir, Lucien résolut de se retirer ; après avoir retiré son manteau rouge dans un geste tout à fait théâtral, il sortit sous bonne escorte et rejoignit son frère. Napoléon ne demandait pas mieux que de revenir avec deux cents grenadiers pour mater ces parlementaires insolents ; toutefois, pour conserver les formes de la légalité, ce fut Lucien qui ordonna aux troupes de restaurer l’ordre, laissant à Napoléon le soin de l’exécution. Et pour achever de convaincre, il tira l’épée du général et la pointa vers lui, déclarant qu’il n’hésiterait pas à percer le sein de son propre frère s’il venait à porter atteinte à la liberté des Français. La petite phrase eut son effet : cent soldats s’élancèrent pour dissoudre par la force le Conseil des Cinq-Cents. Les rares qui ne s’étaient pas aussitôt enfuis furent ensuite rassemblés pour écrire un brouillon de Constitution, qui servit de base au régime consulaire.

La révolution de brumaire était consommée. Est-il besoin de préciser que Lucien ne se précipita pas sur son frère, l’épée au poing, lorsque celui-ci se proclama empereur ?


Lucien avait sans nul doute espéré devenir l’une des trois têtes du nouveau gouvernement. Loin de là, il ne fut que ministre de l’Intérieur ; responsabilité certes colossale, mais qui ne convenait guère à son caractère, plus propice aux grands discours qu’aux petits travaux de gestion. Certes, il eut le temps de monter quelques grands projets, notamment dans le domaine artistique – le versement de subventions aux théâtres, de nouvelles nominations à l’Académie Française, la construction de fontaines tout dernier cri... –, mais cela ne suffisait pas à lui ôter l’impression qu’il ne faisait, en somme, que le métier d’un simple comptable ou chef de bureau. Évidemment, l’autorité écrasante du chef de l’Etat rendait difficile toute initiative personnelle... et il fallait aussi compter avec la concurrence du ministre de la Police, le redoutable Fouché, qui ne manquait pas de signaler au premier consul les moindres écarts de conduite ou de langage de Lucien, et il en avait tant ! Entre ses maîtresses, ses dépenses inconsidérées et ses critiques de Napoléon, Lucien finit par devenir trop encombrant aux yeux de son frère, qui décida qu’un séjour à la cour guindée d’Espagne saurait l’assagir. Le distraire aussi : Christine était morte le 14 mai 1800, d’une infection pulmonaire contre laquelle la médecine de l’époque ne pouvait rien, et Napoléon qui faisait peu de cas de la peine des autres ne pouvait supporter de voir le jeune veuf passer des journées entières au pied de sa tombe.

Si le nouvel ambassadeur souleva tout d’abord l’indignation par le peu de cas qu’il faisait du cérémonial, il se fit bientôt un ami de Manuel Godoy ; et qui dit ami de l’amant de la reine dit nouvelle coqueluche de la cour. Cette position privilégiée lui permit de conclure quelques traités, de mener deux ou trois intrigues frivoles et de contempler la Maja desnuda de Goya, ce trésor alors jalousement gardé par Godoy. On finit par le regretter vivement lorsqu’il fut rappelé, pour être remplacé par l’austère général Gouvion-Saint-Cyr. Et lui-même n’était guère pressé de revenir à Paris, au milieu des intrigues mesquines de Fouché et Joséphine... et dans cette maison au Plessis où tout lui rappelait Christine.


Mai 1802. Lucien avait tout d’abord cru à une mauvaise plaisanterie de Laborde ; si délicat que pût être son ancien secrétaire, il aurait été tout à fait capable de mettre exprès un veuf en face d’un siège vide. Sophie Arnault s’était toutefois empressée de le détromper ; si faute il y avait, elle était du côté d’Alexandrine Jouberthon, qui, comme elle l’avait annoncé au début de la soirée, s’était couchée à minuit, n’ayant nulle envie d’attendre le frère du premier consul qui allait arriver, disait-on, d’une minute à l’autre.

Le malentendu dissipé, Lucien se joignit avec enthousiasme à la bonne humeur générale, et les onze convives du château de Méréville bavardèrent, dansèrent et jouèrent jusqu’au petit matin. Le maître de maison se retira le premier, ce qui fut pour tous les autres le signal du coucher.

Lucien dormit toute la matinée d’un sommeil troublé par un cauchemar que même ses fréquents réveils n’arrivaient pas à dissiper. Christine cherchait à l’attirer sur son sein ; mais une autre femme, la plus magnifique inconnue que son esprit pût conjurer, le ramenait sans cesse à elle, c’est-à-dire à la vie.

Une fois réveillé tout à fait, Lucien partit se promener dans le parc du château pour chasser son trouble ; et c’est là, au détour d’une allée bordée d’élégants peupliers, qu’il vit apparaître la femme de son rêve.


Si, dans la tête de Lucien, ce prélude digne d’un conte de fées faisait déjà naître des idées de remariage, la réalité dut y mettre un coup d’arrêt : Alexandrine était mariée, et Napoléon, qui adorait faire et défaire les mariages au sein du clan (ne venait-il pas de forcer Hortense, la fille de Joséphine, à épouser Louis, son frère neurasthénique ?), allait sans doute profiter de la liberté de Lucien pour lui faire contracter un mariage politique... Lucien n’était pas près de céder à la pression fraternelle, mais cela ne réglait pas la question de M. Jouberthon.

Heureusement, ce brave vieillard qui avait tiré Alexandrine de la pauvreté se retrouvait à son tour sans fortune, ou plutôt, riche de dettes. Il voulut tenter sa chance en s’embarquant pour l’expédition de Saint-Domingue ; et comme Leclerc, le chef de l’expédition, et des milliers d’autres Français, il y mourut victime de la fièvre jaune.

Alexandrine, quant à elle, n’était pas mécontente d’avoir attiré les regards d’un personnage aussi en vue que Lucien ; mais très vite, elle découvrit l’envers du décor. Napoléon ne voulait pas voir son frère allié à une femme aussi intelligente, et célèbre pour sa force de volonté. Et Fouché, qui devançait toujours les désirs du maître quand il s’agissait de nuire à Lucien, envoya ses agents rôder autour d’Alexandrine, pour l’intimider et la pousser à la rupture. Il n’en fut rien. La clandestinité et les pressions que l’un et l’autre subirent changèrent le regard qu’Alexandrine portait sur son brillant compagnon ; malgré la dissimulation qu’il entretenait pour ne pas l’attrister, elle sentait la douleur et les humiliations que lui infligeait son frère et les sacrifices qu’il devait faire pour rester auprès d’elle, et ne l’en aima que davantage. Ce fut bien pis après leur mariage, célébré en secret en 1803 ; même le soutien de Letizia et de Joseph ne purent calmer la fureur de Napoléon, et le conflit entre ces deux frères inconciliables s’acheva sur l’exil de Lucien.

La vie qu’il mena ensuite en Italie, entouré d’artistes et d’une famille qui ne cessait de s’agrandir, à défaut d’être très remarquable, fut au moins heureuse. Loin de s’adonner au regret de s’être lui-même placé hors du cours de l’Histoire, loin d’avoir la nostalgie de la brillante société parisienne, Lucien avait estimé qu’entre sa vie calme et sereine, et l’existence agitée que menaient ses frères, ballottés d’un trône à l’autre, le choix était vite fait.

Lucien espérait toutefois que, le temps aidant, Napoléon finirait par l’accepter, et, ne voulant pas que ses enfants fussent à jamais des parias au sein de la famille la plus puissante d’Europe, il chercha par deux fois à rencontrer son frère pour tenter une réconciliation. La première fois, en 1807, il se fit congédier comme un laquais ; la seconde fois, en 1810, Napoléon ne lui laissa le choix qu’entre le divorce et l’Amérique. Ayant déjà choisi le parti de l’exil, Lucien n’était pas prêt à y renoncer ; mais les Anglais, qui décidément ne perdaient pas une occasion de mettre des bâtons dans les roues des Bonaparte, arrêtèrent le navire à bord duquel il s’était embarqué avec sa famille et les forcèrent à débarquer en Angleterre, où Lucien resta quatre ans prisonnier – un prisonnier qui disposait d’une charmante maison de campagne, un prisonnier qui rencontra et sympathisa avec Lord Byron, mais un prisonnier tout de même.

La chute de l’empire lui rendit la liberté ; et à présent que l’abdication de Napoléon avait quelque peu rabattu son orgueil, les deux frères recommencèrent à s’écrire, échangeant des lettres cordiales qui préludèrent à leur réconciliation lors des Cent-Jours. « L’Usurpateur » qui débarqua au Golfe-Juan dans les derniers jours de février 1815 avait beau faire peur à toute l’Europe, Lucien vit qu’il avait changé, et que ce n’était plus tout à fait le tyran d’autrefois. Que de grandes choses ils pourraient faire ensemble, à présent que Napoléon se montrait prêt à écouter autrui et à reconnaître ses erreurs... La défaite de Waterloo mit rapidement fin à ces espérances. Lucien eut beau l’encourager à reprendre le combat, lui montrant tout le soutien dont il disposait encore, l’empereur avait perdu sa pugnacité. Il crut que les Anglais lui réserveraient au moins une captivité aussi douce que celle dont sortait son jeune frère ; peine perdue, sitôt qu’il capitula et se jeta dans les bras de la perfide Albion, celle-ci l’envoya mourir à Sainte-Hélène.

Quant à Lucien, après ce bref retour sur la scène du monde, il lui fallut reprendre le chemin de l’exil. Au moment où il commençait à reprendre goût à la politique, il devait l’abandonner à tout jamais... Mais il lui restait encore les arts et les sciences, et sa famille, aussi bien ses enfants que la fratrie désormais proscrite en France, et éparpillée aux quatre coins du monde... Et bien sûr, il avait Alexandrine, à jamais unie à lui par les épreuves qu’ils avaient affronté ensemble. Ils demeurèrent inséparables, jusqu’au jour où la mort emporta Lucien, le 30 mai 1840.

Il s’en est bien remis, depuis ; voilà presque six mois qu’il tente de se familiariser avec sa nouvelle existence, où les agréments du présent et le plaisir des découvertes se mêlent au regret du passé... Il a renoué avec quelques vieilles connaissances, mais ce sont surtout les figures neuves qui dominent dans son cercle de relations ; et en se faisant engager comme archiviste dans cette immense bibliothèque qui semble un monde à part entière – par deux Westphaliens dont l’un fut lui-même bibliothécaire au service de Jérôme Bonaparte, le petit dernier de la fratrie, ce qui ne manque pas de saveur –, il s’est au moins assuré que si cette nouvelle vie doit être longue, il n’y ennuiera pas de sitôt !
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L'aubergiste alcoolique
Origines : Barbe Bleue - Charles Perrault
Profession : Propriétaire de l'Auberge
MessageSujet: Re: Un homme libre   Jeu 17 Nov - 22:42

Hey hey bienvenu *___* ! Déjà, DAMN, un auteur ♥ ! On s'en fiche qu'il ne soit pas totalement connu, c'est tout de même un réel plaisir que d'avoir de nouvelles têtes dans nos rangs !
(Et puis Dumas ... damn, on a déjà tellement de prédéfinis tu sais... XD)

Bon courage pour le reste de ta fiche, c'est terriblement prometteur dès le début ! Dis, dis, tu viens de quel partenaire ♥ ?

En tout cas, si tu as besoin d'aide, le staff est à ta disposition ♥

_________________
Jack McCoy


   
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Rebellious Prince
Origines : Corse de nation et de caractère
Profession : Archiviste
MessageSujet: Re: Un homme libre   Jeu 17 Nov - 22:46

Merci bien ! Le partenaire en question était Réinvente la Destinée (enfin, "est", parce que je doute qu'il ait disparu du jour au lendemain ^^)

Et puis Dumas... j'y ai juste pensé en voyant que vous aviez un Edmond Dantès. D'un autre côté, c'est peut-être mieux sans le grand Alexandre, je le vois bien attraper ceux qui veulent lui faire des avances par la peau du cou et les balancer dans la première rivière venue...
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Monsieur Loyal
Origines : Anglais
Profession : Secrétaire du maire.
MessageSujet: Re: Un homme libre   Jeu 17 Nov - 22:58

Bienvenue Lucien ! Pour Dumas on y avait pensé, mais je me souviens qu'un ancien membre avait mentionné qu'il allait peut-être le faire en DC, ce qui nous avait poussé à ne pas le retenir pour la dernière vague de prédéfinis auteurs qu'on ait faite. Bon sang que j'aimerais un jour voir un Alexandre sur le forum d'ailleurs. (De toute façon, je suis d'avis que nous n'avons et n'aurons jamais assez d'auteurs et compositeurs.)

Je suis très heureuse que le forum te plaise et je suis très curieuse par rapport à ton choix. Je ne connaissais que vaguement, donc ce sera l'occasion pour moi d'apprendre quelque chose de nouveau ~

Bon courage pour le reste de la fiche, et comme l'a dit Barbouille, n'hésite pas à nous contacter en cas de besoin ♥
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Invité
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Invité
MessageSujet: Re: Un homme libre   Ven 18 Nov - 21:34

bienvenue je suis absolument fan du vava choisit
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Invité
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Invité
MessageSujet: Re: Un homme libre   Ven 18 Nov - 21:58

Bienvuto !

De la chair fraîche ! :D
J'ai très envie de voir la suite de ce "[A suivre...]"
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Who's side am I on ?
Origines : Nouveau Testament
Profession : Serveur à l'auberge
MessageSujet: Re: Un homme libre   Sam 19 Nov - 22:46



Félicitation, tu es validé

Comment dire, je suis impressionnée ? J'aime énormément la façon dont tu écris, et je suis même surprise d'avoir autant accroché à ton histoire alors que tu avais prévenu qu'elle serait très "biographie." Malgré les informations très condensées, j'ai trouvé qu'elle restait étonnement fluide, ou alors peut-être que j'ai vraiment aimé découvrir Lucien ? J'avoue que je ne suis pas excellente niveau histoire pure et dure. (Moi je sais juste très bien où est Waterloo :D)

Du coup je me vois mal isoler des détails par rapport à l'histoire, mais je comprends pourquoi il a pu abuser du vin de Bordeaux. J'ai de très bons souvenirs de l'été dernier quand j'ai un peu abusé là-bas ~ En tant que Dickens, je vais donc éviter de t'inviter boire un verre. Je pense que le thé sera bien plus indiqué.

Donc évidemment, c'est déjà écrit donc tu t'en doutes, mais je te valide haut la main. C'est l'une des fiches les mieux écrites que j'ai eu l'occasion de lire ici, et je suis très heureuse de te compter parmi nous. J'espère que tu t'amuseras bien sur le forum ♥ Est-ce que je peux t'appeler senpai ?


____________________________________________________________

Félicitation jeune padawan, tu es désormais validé ! Maintenant que tu as accompli la dure tâche qu'était de remplir ta fiche, tu vas pouvoir te rendre ICI pour te faire quelques amis.

Pour recenser ton avatar, c'est par ici ♥. Si tu ne veux pas dormir dans la rue, je te conseille également de te rendre pour remplir un formulaire et obtenir un logement. De même si tu veux un joli rang sous ton pseudo, tu peux venir en réclamer un à CET ENDROIT. Et le plus important, n'oublie pas de recenser ton choix de personnage LA et son métier PAR ICI.

Si tu n'as pas bien saisi l'univers de Pandore, tu peux également envoyer un MP aux membres du staff pour leur poser une question ou tout simplement aller lire quelques informations dans la SECTION ANNEXE.

© Halloween


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Rebellious Prince
Origines : Corse de nation et de caractère
Profession : Archiviste
MessageSujet: Re: Un homme libre   Sam 19 Nov - 23:09

*o* Merci beaucoup pour ces commentaires flatteurs ! J'essayerai de m'en montrer digne dans le RP :3

Et j'aurais préféré "Votre Altesse", mais senpai fera tout à fait l'affaire ♥
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